ISERE / POLITIQUE "Qui sont-ils ?" François Brottes, « Je ne supporte pas le cynisme en politique»
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Lisa MARCEL
JA / Le
Dauphiné Libéré / Photopqr Crolles, le
10 mai 2010 Hotel de ville
Parce que finalement _ même si on les voit souvent en photos ou à la télé locale ou régionale, même si on leur serre parfois la main sur les marchés ou lors d'inaugurations _ on ne connaît pas très bien nos personnalités iséroises, nous poursuivons aujourd'hui notre série d'entretiens décalés avec François Brottes.
Quand, pour commencer l'interview, il nous dit qu'il est plutôt « pudique et pas très enclin à raconter sa vie », on se dit : « Ah zut... » Mais les craintes d'une interview foirée se dissipent aussi vite que la conversation s'engage. L'ancien journaliste, devenu député-maire de Crolles, aime les mots, aime le sens des mots. Et n'a jamais peur de se livrer. Alors qui est François Brottes ?
« Je suis très fleur bleue»
Pourquoi la politique ?
« C'est mon côté : envie de changer le monde. Mon éveil politique, je le dois à l'aumônerie, aux prêtres ouvriers. Dès l'âge de 13 ans, j'ai été un membre actif de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) et j'ai senti que j'avais un idéal, celui de la justice sociale. Plus tard, après avoir compris qu'on ne peut rien faire sans action collective, je suis entré au PS. C'était en 1979, et pas en 1981 comme beaucoup d'autres... Ce dont je suis très fier !»
Votre meilleur souvenir politique ?
« Ma première victoire comme député en 1997. C'était un peu inattendu. Je n'avais été désigné qu'un mois avant le scrutin, après un vote contesté en interne. Mais c'était une victoire magnifique. Et quand, pour la première fois de ma vie, j'ai mis les pieds à l'Assemblée nationale, j'ai ressenti une grande responsabilité. Je me suis dit : désormais, les actes que tu vas émettre s'appliqueront à tous. »
Votre pire souvenir ?
« Je n'engrange pas les regrets, porteurs de mauvaises énergies. En revanche, je suis très fleur bleue et les échecs me font mal sur le moment. Mais j'ai ensuite une grande capacité à analyser ce qui est arrivé. Ma dernière déception ? Quand, après deux heures de débats à l'Assemblée, sur la base d'un amendement déposé par une députée de droite, pour instaurer la nécessaire double signature pour le crédit revolving, la ministre a usé en dernier recours de la 2e délibération pour le supprimer, presqu'en catimini.»
Votre pire honte ?
« Si j'avais honte de mon action, il faudrait que j'arrête. En revanche, je me suis parfois planté. En 1990, j'avais convoqué les télés pour lancer une mesure dont j'étais fier : le covoiturage sur minitel. Eh bien, cela a été un vrai flop. On a eu zéro contact !»
Citez une figure à droite qui vous touche
« Je pourrais citer De Gaulle, ma mère était une fervente gaulliste. Je me souviens avoir ramassé des cerises, avec le poste à fond, pour ne pas manquer un discours du général.»
Citez une personnalité d'un autre parti que vous n'aimez pas
« Je ne supporte pas le cynisme en politique et la mauvaise foi m'insupporte. Je pourrais donc dire qu'il y en a au plus haut sommet de l'État, mais ce serait bateau, non ?»
Qui sera président en 2012 ?
« Il y a une vraie saturation pour l'actuelle présidence. Une gauche rassemblée en toute transparence aura donc toutes ses chances.»
Mais vous avez bien un(e) chouchou ?
« Je trouve que Martine fait un joli parcours. Après... En tout cas, la droite ne pourra pas refaire le coup du magicien. Je me souviens de la phrase d'une militante UMP à Montpellier qui avait lancé en 2007 : "Avec Sarkozy, tous les pauvres vont devenir riches". Elle le croyait vraiment... Il faut arrêter la démagogie, même si être responsable ne fait pas forcément rêver les gens. Car faire rêver les gens pour que seuls ceux qui font rêver aient droit au rêve, cela est malhonnête. »







