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EDF va devoir injecter de 10 à 15 milliards d'euros pour adapter ses centrales après Fukushima

Mercredi, 04 Janvier 2012
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L'Autorité de sûreté nucléaire a rendu hier son rapport sur les tests de résistance post-Fukushima. Elle considère qu'il n'est pas nécessaire de fermer de centrales d'EDF, mais exige des travaux de sûreté complémentaires importants « dans les meilleurs délais ».

Les centrales nucléaires françaises ont réussi les tests de résistance post-Fukushima, a annoncé hier l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Aucune n'est condamnée dans l'immédiat. Vont-elles passer les tests de résistance économique ? C'est la question qui se pose après la remise du rapport de l'ASN sur les leçons de la catastrophe nucléaire japonaise. Certes, le gendarme de l'atome n'a pas imposé de fermeture de site, mais il « considère que la poursuite de leur exploitation nécessite d'augmenter dans les meilleurs délais, au-delà des marges de sûreté dont elles disposent déjà, leur robustesse face à des situations extrêmes ».


La facture s'annonce salée. Les prescriptions de l'ASN « correspondent à des travaux et des investissements tout à fait massifs », a précisé hier son président André-Claude Lacoste. De source proche de l'autorité, l'investissement global pourrait se chiffrer autour de 15 milliards d'euros. EDF préfère parler d'une enveloppe de l'ordre de 10 milliards. « C'est un programme énorme », estime Per Lekander, analyste chez UBS, qui s'attendait à un montant 3 fois moins élevé. Pour le ministre de l'Energie, Eric Besson, le coût de ces mesures représentera « moins de 2 % d'augmentation des factures d'électricité » par an.

 

« Des arbitrages à faire »

De quoi relancer le débat sur la compétitivité du nucléaire, à quatre mois de l'élection présidentielle. « Aux responsables politiques de décider s'ils souhaitent investir ces milliards dans une technologie qui restera dangereuse pour l'homme, ou dans la transition énergétique », juge Green-peace. Pour François Brottes, spécialiste de l'énergie au Parti socialiste, « il y aura des arbitrages à faire » sur le niveau d'investissement à partir duquel il sera plus judicieux d'investir dans d'autres domaines, comme les énergies renouvelables.

 

EDF tente de minimiser l'impact financier des tests de résistance. « Il faut resituer le plan d'action post-Fukushima dans le contexte de notre projet d'allongement des centrales de quarante à soixante ans, estime Jean-Marc Miraucourt, directeur de l'ingénierie nucléaire au sein du groupe. Dans ce cadre, nous avions prévu une enveloppe de 40 à 50 milliards d'euros qui ne changera pas. Nous devrons juste avancer certains travaux. »


Fin 2008, EDF prévoyait un investissement de 400 à 500 millions d'euros par réacteur, soit de 23 à 29 milliards pour l'ensemble du parc. La dernière estimation induit un coût de 690 à 860 millions d'euros par réacteur. La différence vient notamment des nouvelles prescriptions de l'ASN.

 

Un exemple ? La construction de locaux de crise « bunkérisés » sur chacune des 19 centrales françaises. Ces bâtiments abritant une salle de commandes de secours ont été installés au Japon suite à des séismes antérieurs, mais pas encore en France. Leur construction coûtera près de 100 millions par unité, selon André-Claude Lacoste. Pour lui, ces travaux ne sont pas directement liés à un allongement de la durée d'exploitation des centrales.

 

L'ASN veut aller vite. Elle donne aux exploitants nucléaires - qui incluent aussi Areva, le Commissariat à l'énergie atomique et l'institut de recherche Laue-Langevin -jusqu'au 30 juin 2012 pour lui présenter « un noyau dur » de nouvelles dispositions comme ces locaux de crise. Elle ne s'engage pas sur le calendrier, qui fera l'objet d'une réunion avec le ministre de l'Energie, Eric Besson, le 9 janvier.

 

Jean-Marc Miraucourt table « sur un programme d'une dizaine d'années ». Mais Jacques Repussard, directeur général de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, estime que la mise en oeuvre du « noyau dur » « doit être possible dans un délai de trente-six mois ». « Etant donné l'environnement économique, l'Etat n'acceptera sans doute pas de hausses de tarifs qui permettent de couvrir les coûts supplémentaires aussi vite, estime Per Lekander. EDF devra les supporter. »


Thibaut Madelin et Joël Cossardeaux, Les Echos